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Semaine du 5 au 12 janvier 2009
 
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Point de vue de 13 universitaires dans Le Monde : "Université : pas de normalisation par le bas" >> Lire

 

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5/01/2009: découvrez la nouvelle carte de France au 1er janvier 2009
 
 
Autonomie des universités
Arrêté du 26 décembre 2008 fixant la liste des établissements publics bénéficiant des responsabilités et compétences élargies en matière budgétaire et de gestion des ressources humaines prévues aux articles L. 712-9, L. 712-10 et L. 954-1 à L. 954-3 du code de l'éducation >>
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L'autonomie des universités, dans la presse >>
 

Le point de vue de la Fédération Autonomesup :
EDITORIAL
LA DEREGULATION DES UNIVERSITES, JUSQU’A LA CATASTROPHE ?

Nous avons assisté, pour certains avec surprise, à l’effondrement du système bancaire international, résultat de la dérégulation totale des marchés financiers. Si l’intervention des états, apportant leurs garanties pour des centaines de milliards d’euros ou de dollars et même, dans certains cas, en injectant des fonds propres (l’argent des contribuables !) a stabilisé la situation, la crise financière a induit ou révélé une crise économique profonde et, hélas ! durable, qui commence à avoir des conséquences sociales très graves. Je ne suis pas économiste et donc je ne suis pas capable de faire une analyse critique pertinente de la situation. Mais, en tant que citoyen, je pouvais penser, et même espérer, que des événements d’une telle gravité instruiraient nos gouvernants et qu’ils en tireraient les conséquences.
Cette crise ne condamne pas en soi l’économie de marché : l’histoire a aussi montré, en particulier dans les pays de l’ex-bloc soviétique, que le dirigisme économique n’était facteur ni de progrès économique ni de progrès social. Nous croyons en la libre initiative et en la libre entreprise facteurs de progrès. Mais cette liberté ne saurait être totale : comme on vient de le voir, les états ont un rôle régulateur à jouer et, pour répondre à la mondialisation de l’économie, ils doivent établir des règles internationales pour éviter une licence qui conduit à un désastre planétaire.
Ce qui est vrai pour l’économie l’est aussi, à l’échelle nationale, pour l’Université et sur ce point, notre Ministre et notre gouvernement ne paraissent pas avoir compris la leçon puisque, à la hussarde, ils imposent une dérégulation je ne dis pas de l’Université française (qui n’existe plus), mais des universités françaises. Nous ne sommes opposés ni à une certaine autonomie des universités ni à leur ouverture sur le monde extérieur, français et international. Mais nous avons toujours pensé que, dans la tradition française, l’Etat devait conserver un rôle important, que le contrepoids aux excès possibles de l’autonomie était le caractère national du statut des universitaires, garant d’une indépendance reconnue par le Conseil Constitutionnel, et que la science que les universitaires sont chargés d’élaborer et de transmettre aux étudiants se créait dans un cadre disciplinaire, condition du dialogue pluridisciplinaire sur lequel débouche toute recherche véritable. Avec la loi LRU et la réforme du statut des universitaires, le Ministère ouvre la boîte à Pandore d’une dérégulation effrénée.
Nous avons suffisamment parlé en son temps de la loi LRU : nous espérions une loi ouvrant l’université sur le monde ; nous avons vu le désengagement de l’Etat abandonnant tous les pouvoirs aux présidents. Et nous commençons à en ressentir les effets : dans de nombreux conseils d’administration sont exclus pratiquement toutes les minorités qui ne sont pas proches de devenir majorités et parfois même (par exemple à Paris XIII) tout un grand secteur disciplinaire. Mais, pour autant, on n’a rien gagné en efficacité puisqu’un système électoral inique conduit souvent à opposer les professeurs et les MdC en blocs 6-1 et 1-6. Et ce sont ces conseils d’administration réduits par la loi, sans réelle compétence disciplinaire, qui feront la carrière des universitaires.
De même, le rouleau compresseur de la dérégulation a nivelé dans les Comités Techniques Paritaires d’Etablissement, en les confondant, tous les collèges (universitaires, bibliothécaires, IATOS). Comment pourra-t-on respecter le statut de chacun… et l’indépendance constitutionnelle des universitaires ? Certaines universités choisies vont passer au premier janvier à l’autonomie financière totale. Espérons (nous approchons de la période des voeux !) qu’elles seront en mesure d’assurer l’entretien des locaux et que leurs services financiers seront en mesure d’assurer la paie de leurs personnels à la fin du mois de janvier ! Mais qu’on se rassure, quand on en viendra, pour diverses raisons que la gestion précédente de certaines universités peut, hélas ! laisser prévoir, à des impasses financières, il restera toujours l’argent du contribuable pour combler les trous !
Pour les universitaires, c’est le nouveau décret, examiné par le CTPU le lundi 24 novembre, qui détruit, sans le reconnaître, leur statut national et introduit une dérégulation totale : les emplois seront publiés par les universités quand elles le voudront et comme elles le voudront (par exemple, sans référence à une ou plusieurs sections du CNU, mais éventuellement avec un profil si précis qu’on y verra un portrait). Comment les brillants jeunes docteurs partis en postdoct. à l’étranger sur un contrat à durée déterminée pourront-ils rompre à tout moment ce contrat pour poser leur candidature en France ? On nous assure que les professeurs du secondaire docteurs pourront quitter leur poste en cours d’année, dont acte…mais alors, quelle désorganisation « au fil de l’eau » des lycées et collèges ! Suivons la procédure : les comités de sélection qui choisiront les candidats se feront sans la moindre référence aux sections du CNU qui définissent les disciplines ; à la limite, elles pourront ne pas compter le moindre représentant de la discipline stricto sensu considérée et les membres extérieurs, choisis par les universités, n’auront d’extérieurs que le nom. Le service pourra être doublé pour ce qui est des enseignements par le président (même si une procédure de recours interne et non nationale comme nous l’avons demandé a été ajoutée, c’est le président tout puissant qui tranche en dernier ressort) et l’évaluation des responsabilités et charges pédagogiques ou administratives variera dans chaque université au gré de la « politique de l’établissement »… et des moyens dont elle disposera : nous allons vers des inégalités et des injustices criantes. Que reste-t-il de l’égalité entre universitaires et de leur indépendance constitutionnelle ? Avançons : les congés pour recherche ou conversion thématique, les primes (présentées comme le vrai moyen d’assurer un salaire décent) et les promotions, tout sera assuré localement, le CNU étant dessaisi de tout rôle en la matière : on le chargera d’évaluer pour l’enseignement et pour la recherche tous les enseignants chercheurs (plus de 55 000) et même de faire une liste (limitée) des plus méritants (énorme travail pour lequel, malgré notre demande, le Ministère n’a consenti à accorder qu’une décharge d’un tiers de service pour les seuls présidents de section : se chargeront-ils tout seuls d’une telle évaluation, alors que les experts de l’AERES sont grassement payés par le Ministère ! Il est vrai que le Ministère doit rétribuer ceux qu’il choisit, alors que les élus sont taillables et corvéables à merci sans la moindre rétribution !)… mais cet immense travail gratuit ne servira à rien puisque les universités pourront faire ce qu’elles veulent sans même avoir à se justifier en cas de désaccord avec le CNU, comme nous avons été les seuls à le demander. Que les collègues se rassurent : une fois retraités et émérites, ils pourront non seulement assurer des séminaires et participer à des jurys de thèse ou d’HdR comme aujourd’hui, mais ils pourront même faire des cours… gratuits évidemment !
Je ne serai pas long pour les disciplines : tout ce qui a été dit précédemment montre qu’on cherche à les briser. Les CNU disciplinaires ne gardent plus, comme réel pouvoir, que celui de qualifier pour les fonctions de MdC et de professeur. Encore se voient-ils dessaisis au profit des universités de leur rôle d’évaluation et d’équivalence des titres et fonctions étrangers. Mais qu’on se rassure : un nouveau décret est prévu pour réformer le CNU. Que contiendra-t-il ? Nous n’en savons rien. Peut-être l’apprendrons-nous par la presse.
Au terme de cette dérégulation effrénée, qui n’est pas limitée chez nous par une vraie responsabilité (celle des diplômes et des ressources financières dans les grandes universités anglo-saxonnes), il ne reste plus d’Université française, mais des universités qui se font concurrence dans leur servilité devant le Ministère qui a donné aux présidents les pleins pouvoirs et qui leur donne les moyens. Peut-être faudra-t-il trouver, avec le plus grand nombre possible de collègues, une forme d’action qui fasse comprendre au Ministère qu’une université ne se réduit pas à son seul président ! Quant à la nocivité de la dérégulation universitaire, je crains qu’il faille une catastrophe pour ouvrir les yeux de ceux qui nous gouvernent : le politiquement correct est tellement confortable !
Meilleurs voeux à tous pour la nouvelle année !
Pour l’Université est-il encore temps de former des voeux ?

Jean-Louis CHARLET
Président d’AutonomeSup, FNSAESR-CSEN
charlet@mmsh.univ-aix.fr

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Dernière mise à jour : 6-jan-09